Le choléra : quinze ans de crise sanitaire — l'éradication est-elle envisageable ?
Environ neuf mois après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010 le premier cas de choléra est enregistré en Haïti. Quinze ans plus tard, après une résurgence en 2022, la question reste ouverte : l'éradication est-elle possible ?
Jemima Régine ALCÉ
30 mai 2026
Le CHOLERA : QUINZE ANS DE CRISE SANITAIRE - L'ERADICATION EST-ELLE ENVISAGEABLE ?
Environ neuf mois après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010 le premier cas de choléra est enregistré en Haiti. Et depuis, le nombre de cas ne cessa d'augmenter : les données épidémiologiques révèlent une ampleur vertigineuse soit 820 000 cas dont 9792 décès entre octobre 2010 et février 2019 soit (OMS,2022 ; MSPP 2019). Après trois ans d'accalmie une nouvelle détection de cas est signalée notamment à Pétion-ville en Octobre 2022. Entre janvier et octobre 2025, 2 852 cas suspects dont 186 confirmes et 48 décès ont été répertoriés. Cette résurgence met en lumière les faiblesses du système de santé et les insécurités sanitaires de la population. Cependant, une analyse plus poussée parviendra à dissiper les zones d'ombres autour de cette épidémie et répondre à notre interrogation ultime, l'éradication est-elle possible ?

Une bactérie aux conséquences léthargiques
Le cholera par définition est une infection causée par une bactérie (Vibrio cholerae O1) qui peut se transmettre en consommant des aliments et de l'eau contaminés, sa période d'incubation est de 12 heures à 5 jours. Cette infection est capable de tuer en quelques heures par déshydratation sévère. Assez souvent les personnes contaminées ne présentent aucun symptôme (asymptomatique) cependant ils peuvent facilement contaminer leur environnement.
Avant 2010, aucun cas n'a jamais été enregistré dans le pays et le 22 octobre 2010 le President René Garcia Préval annonce une épidémie provoquant des diarrhées sévères dans la plaine de l'Artibonite. En seulement quelques semaines 1 526 cas suspects et 138 décès sont enregistrés dans cette zone. Vers la fin de l'année on dénombre déjà 91 000 cas dont 2 071 décès
A ce moment-là le taux de létalité est de 2,3 % , soit le double du seuil de l'OMS qui est de 1% seulement.
Parlant du débat siégeant autour de son origine
Deux théories se bousculent, la première soutient qu'elle est d'origine environnementale : la bactérie se serait incrustée tout simplement dans les eaux côtières, à cause du réchauffement climatique. Cette approche tenant compte des travaux des années 1990 mal interprétés, est utilisée pour justifier l'absence d'enquête approfondie et la base du plan de lutte contre le cholera qui postule que la bacterie ne peut être éliminée parce qu'elle est dans l'environnement.
La seconde soutenue par le professeur Renaud Piarroux, épidémiologiste envoyé par l'ambassade de France en Haiti, identifie la source : les latrines du camp militaire de la MINUSTAH qui se déversent dans le fleuve de l'Artibonite.
Suite à des analyses confirmant l'origine népalaise de la souche en Haiti en aout 2016 , l'ONU reconnait son implication morale mais pas juridique
Une réponse sanitaire insuffisante à l'ampleur du cholera
Le décompte des cas déclarés et de décès en une seule année sont presqu'hilarant. Dans la première année de l'épidémie seulement, 352 033 cas suspect sont répertoriés, entre octobre 2010 et février 2019 l'épidémie progresse a vue d'œil encourage par les inondations, les crises politiques, le manque de préparation du MSPP. Le bilan officiel soit 820000 cas et 9792 décès ne reflètent qu'en partie la réalité (ASFC/INURED2024). Des études menées de manière indépendante estiment que, le nombre réel peut dépasser 30000. Selon PAHO de 1987 a 2019 Haiti représente à elle seule 80 % des cas déclarés dans la région.

Qu'elle a été La réponse face à un bilan Pareil ?
La réponse a été de déployer des agents de santé pour mener des campagnes de vaccinations orales et de sensibilisations sur les symptômes et la conduite à tenir .les premières campagnes ciblées ont eu lieu entre 2012 - 2013 , et on a observé une chute de 57 % de cas .En 2017-2018 avec des campagnes qui conscientisent beaucoup plus et touchent plus de monde , le déclin des cas passe jusqu'à 72 % et 2019 le dernier cas confirme , annonce le retrait du Vibrio cholerae .Cependant cette victoire atteinte est obtenue avec des fondations fragiles
Le vaccin à lui seul ,ne peut contrecarrer le choléra. à côté il aurait fallu faire l'assainissement des sources d'eau potable, la sensibilisation continue dans les espaces publics, réparer les canalisations souterraines, le controle des ports maritimes causant des inondations imprévisibles violentes, et catastrophiques. Ainsi, huit mois après la célébration officielle de l'élimination du cholera le 4 février 2022 de nouveaux cas sont déclarés confirmant la faiblesse de la réponse vaccinale à cette première vague.

Une résurgence inquietante
Deux cas de choléra sont notifiés le 1 octobre 2022 , il s'avère que les zones les plus touchées sont des zones de déplacement massifs. Entre octobre -Décembre 2022, 20 262 cas suspect sont déclarés 1576 confirmes et 457 décès , le taux de létalité est alors a 2.25 % . En 2023, 54 413 cas suspects sont déclarés 2807 cas sont confirmés 669 décès et le taux de létalité est de 1.28 % . Entre Janvier – Mars 2025 1298 cas suspects, 9 cas sont confirmés , 19 décès pour un taux de létalité de 1.46 % .

Cette flambée est cause par le contrôle de beaucoup de quartiers populaires par les gangs, qui favorise le déplacement massif , les hôpitaux qui ferment leurs portes 48 % est le pourcentage d'hôpitaux gérés et fermés par les gangs ,les camps formes après chaque acquisition. Ces personnes vulnérables vivent sans eau potable ni assainissement .
Le choléra resurgit non pas pour une mais pour beaucoup de causes nous pouvons retenir certaines :L'eau potable , dans les zones urbaines 10 % n'ont pas accès à des installations sanitaires .L'insécurité , la majorité du territoire est géré par les gangs Les ports non-sécurisés, absence de Protocol sanitaire pour étrangers et cargaisons ce qui expose le pays à vivre d'autre résurgence de ce genre.

L'éradication est-elle envisageable ?
au cours de ces 15 années nous avons vécu plusieurs étapes dans la lutte contre le cholera et huit années après la première vague, le pays a connu une période de retrait considérable de la maladie ,pour ensuite assiste a une nouvelle vague. La lecture de ses évènements nous prouve que, le Cholera est dangereux mais n'est aucun cas une fatalité.
Elle peut être éradiquer mais elle exige de prendre des mesures comme résoudre le problème d'accès a l'eau potable, d'insécurité de toutes sortes ,ouverture de centre sante dans les zones éloignées , création de protocole sanitaire pour les ports , financement des projets de sante , augmentation du budget du Ministère de sante publique et de la population ,la responsabilité est collective.

En 2026 , de nouveaux virus et bactéries sont découverts , d'autres persistent encore. Alors que le monde se prépare à faire face à de nouvelles vagues de maladies plus féroces , Haiti n'est même pas en mesure de donner l'accès à l'eau potable à sa population.
Sources
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Sante sorbonne université. Le cholera en Haiti : histoire d'une investigation scientifique - entretien avec le professeur Piarroux Renaud. 30 aout 2022.
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Piarroux R. Cholera, Haiti 2010-2018 : histoire d'un désastre. Paris, CNRS éditions, 2022.
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Organisation panaméricaine de la sante (OPS) / OMS — situation report 2025. www.paho.org
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OMS bulletin sur les flambées épidémiques ; Cholera-Haiti, 12 octobre 2022. www.who.int/fr/emergencies/disease-outbreak-news/items/2022-DON415
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Avocat sans frontières canada (ASFC) et (INURED). Les impacts du cholera sur les victimes et leurs familles en Haiti. Janvier 2024. www.asfcanada.ca
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Global Alliance Against Cholera and water borne diseases (GAAC). Le cholera en Haiti : historique et perspectives d'elimination. 10 mars 2022. www.gaac-cholera.org
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Dataset cholera Haiti 2010-2025*.
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Ministère de la sante publique et de la population / DELR. Données épidémiologiques nationales.
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Center for Disease Control and Prevention (CDC) MMWR — Cholera outbreak Haiti, 2010. Atlanta, Decembre 2010.
Rédigé par Jemima Régine ALCÉ
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